Les cultures associées à base de protéines et de petites céréales

Les cultures associées à base de protéines et de petites céréales

Nombreux sont les pays à avoir adopté la pratique des cultures mixtes de légumineuses et de céréales semées au printemps – communément appelée « cultures associées ». Les pois et l’orge de printemps sont les choix les plus fréquents.

La digestibilité de l’orge est plus élevée que celle des autres cultures céréalières. La date de récolte des pois est proche de celle de l’orge. La céréale apporte de l’énergie sous forme d’amidon, tandis que la légumineuse apporte des protéines. L’amélioration des techniques de récolte permet aujourd’hui de récolter ces cultures associées à leur stade optimal, ce qui se traduit par une hausse de la teneur en protéines et amidon. Les avantages de ce système de culture vont donc au-delà de la simple « fermentation facilitée des légumineuses et réduction de la verse », car les cultures pois-céréales sont particulièrement à l’avantage des agriculteurs bios.

 

Sol et semis: Il faut tenir compte de la disponibilité des éléments nutritifs du sol pour s’assurer un rendement optimal. La fertilité du sol doit garantir la disponibilité de phosphore, potassium et soufre, ainsi que des traces de calcium et de magnésium. Les pois et l’orge en culture associée peuvent être cultivés sur divers sols, le pH allant de 6 à 7,5. Un sol bien drainé est préférable. La préparation du lit de semence ne doit pas être trop fine, car cela entraîne un stress hydrique accru en période de sécheresse. On plante les graines à 3-4 cm de profondeur, soit en mélangeant les graines dans la même rangée, soit en séparant les graines, selon le semoir. Si l’exploitation procède à son propre mélange de semences, il faut un rapport de 80 % de pois et 40 % d’orge (par rapport aux taux de semis standard des variétés individuelles) et les rangs sont espacés de 10 à 12 cm. Les temps de maturité des variétés sélectionnées doivent être proches. Il est conseillé de procéder à une première application d’azote à raison de 40 unités d’azote par ha au moment du semis, qui peut être suivie d’une autre application de 40 unités d’azote par ha à la levée dans les sols à faible teneur en azote (les pois absorberont l’azote atmosphérique, mais l’orge nécessite l’azote du sol).

Comme pour les prairies permanentes, la majeure partie des préparatifs en vue d’une culture de pois et d’orge vise à atteindre le pH et les niveaux de nutriments optimaux pour permettre la croissance des herbacées. Chaque sol possède son propre pH de base, ce qui, à son tour, influence la disponibilité des macronutriments et des micronutriments. L’ajustement du pH (chaulage) du sol rend les nutriments plus disponibles, et augmente la fertilité et la productivité de la terre. Dans l’idéal, le chaulage se fait à la fin de la saison de croissance précédente (au moins une fois tous les 5 ans dans chaque parcelle, généralement en rotation dans toutes les parcelles).

Point capital : Après le chaulage, laissez le sol adapter son pH avant le semis, ce qui peut prendre plusieurs semaines selon la matière du chaulage.

Croissance et récolte pour l’ensilage

La levée d’une culture associée prend généralement de 10 à 14 jours. Les pois et l’orge présentent une « germination hypogée » (les cotylédons restent dans le sol). Lorsque la température de germination du sol se situe entre 5 et 10° C, la levée peut être retardée d’une semaine. La croissance de l’orge contribue physiquement à la croissance des pois et diminue le risque de verse (chute) des pois. La croissance végétative des pois est rapidement suivie de la floraison (fleurs blanches, roses ou violettes) à partir des boutons axillaires sur la tige principale et les branches, des nœuds inférieurs aux nœuds supérieurs de la tige, puis de la formation de gousses plates aux nœuds inférieurs. Une fois que les gousses sont formées, que le grain d’orge contient un peu d’amidon et qu’il s’est rétréci (plié), la tige prend un aspect vert doré. La récolte peut alors se faire, soit directement si la teneur en matière sèche (MS) est suffisamment élevée (plus de 30 % de MS), soit par fauchage à l’aide d’une faucheuse conditionneuse. On laisse faner 24 heures. Si la récolte est retardée, l’emploi d’une conditionneuse entraîne la perte d’une partie du grain. Par ailleurs, si la récolte est retardée jusqu’à ce que des pois mi-durs se forment dans les gousses, le bétail ne pourra pas digérer les pois et les rejettera tels quels. La conditionneuse doit être réglée à son plus faible niveau.

Les cultures associées de légumineuses et de petites graines présentent une difficulté particulière sur le plan de la fermentation, dans la mesure où le pouvoir tampon de l’ensilage est assez élevé en raison de la teneur importante en protéines du fourrage combiné, et où le défi de la stabilité aérobie du fourrage est également élevé pendant le désilage en raison de la disponibilité de l’amidon de l’orge, de la teneur élevée en MS et de la tige creuse de la céréale. En fonction des variétés, du sol et des conditions climatiques, une culture associée sera sans doute prête à la récolte dans un délai d’environ 100 jours après le semis.

La tête d’une parcelle est souvent plus humide que l’intérieur. L’exploitation peut envisager d’ouvrir la parcelle et de mettre en bottes la culture qui pousse en tête de parcelle. Sur les bottes, utilisez un inoculant homofermentaire à fourrage. Six couches d’enrubannage offrent une protection supplémentaire en raison de l’abrasivité du fourrage. Stockez sur une surface plane, exempte de pierres et cailloux. Placez des appâts autour des bottes car un ensilage de culture associée attire beaucoup de vermine. Le fait de récolter la tête de la parcelle en premier diminue aussi la circulation de machines sur le fourrage coupé et la contamination du sol. Les bottes ne doivent pas être empilées l’une sur l’autre : un espace entre les bottes permet aux chats et aux renards de chasser les rats.

La hauteur de fauche de la culture associée légumineuse-céréale doit être d’au moins 10 cm du sol. Lors de la fauche, il faut faire très attention à éviter de contaminer le sol. Le fourrage coupé doit être laissé en andains étroits et le ratissage doit être évité en raison de la perte de grains et de la contamination du sol (les andains peuvent être regroupés si on le souhaite). En plus de minimiser la contamination du sol, la hauteur de coupe doit aussi laisser l’air circuler sous le fourrage coupé pour faciliter le fanage. L’entretien des patins de la faucheuse est indispensable pour assurer une faible contamination du sol.

La récolte d’une culture associée fauchée doit se faire avec une ensileuse automotrice équipée d’une moissonneuse-batteuse ou d’une faucheuse spécialisée, avec une longueur de coupe de 2,5 à 3 cm.

Ensilage – La gestion de l’ensilage des cultures biologiques est importante car il existe un risque d’incorporer de la terre et ainsi compromettre la fermentation. Une contamination par le sol lors de la collecte et de l’ensilage est à éviter au mieux. Le bunker doit être rempli de fines couches d’environ 20 cm d’épaisseur avec un compactage adapté à la MS.

Le compactage d’une culture associée ensilée doit être adapté à la MS du fourrage de manière à minimiser la production possible d’effluents. Un effluent produit forme une couche saturée dans le fourrage ensilé (la profondeur de la couche dépend du volume d’effluent produit), qui déplace tout le dioxyde de carbone accumulé et inhibe l’action des bactéries de fermentation souhaitables.

Point capital : Le compactage d’une culture associée ensilée doit être adapté à la teneur en MS du fourrage au moment de l’ensilage.

Une culture associée doit être traitée à l’aide d’un inoculant à fourrage afin de garantir la qualité de l’ensilage. Le choix de l’inoculant dépend de la teneur en MS du fourrage ensilé, du rythme du désilage et de la gestion générale de l’ensilage. L’utilisation d’un inoculant exclusivement homolactique à fourrage abaisse rapidement le pH (fermentation) afin de conserver la quantité maximum de MS, d’EM, de D et de protéines dans le fourrage ensilé. Si le produit contient aussi des enzymes, il peut améliorer la digestibilité du fourrage ensilé. Plus le pH baisse rapidement, plus les entérobactéries sont inhibées rapidement, et plus le potentiel laitier est préservé dans l’ensilage final. Le seul produit final des inoculants homolactiques à fourrage est l’acide lactique, qui, bien qu’il manifeste une efficacité exceptionnelle pour abaisser le pH, n’a aucun effet bénéfique sur la stabilité du fourrage à l’ensilage. La stabilité est définie comme le temps que prend l’ensilage pour se réchauffer quand il est exposé à l’air. L’ensilage peut donc avoir tendance à se réchauffer si le front d’attaque n’est pas traversé assez rapidement. La plupart des cultures associées produites seront soumises à l’instabilité aérobie (réchauffement) quand elles seront ouvertes au désilage, ce qui peut entraîner des pertes importantes dues aux moisissures.

Les inoculants à fourrage qui contiennent à la fois des bactéries homolactiques et hétérolactiques, comme L. buchneri 40788 et L. hilgardii 4785, activent rapidement la fermentation, mais présentent un autre avantage : celui de produire plusieurs produits finaux, comme l’acide acétique, inhibiteur de levures et moisissures (cause normale de l’instabilité aérobie). Cela augmente le temps nécessaire au réchauffement de l’ensilage et à sa détérioration quand il est exposé à l’air. La qualité de l’ensilage est ainsi protégée tout le temps du désilage, ce qui signifie qu’une plus grande quantité d’ensilage est disponible au désilage en raison de moindre pertes.

Désilage – Quel que soit le genre d’ensilage, la gestion du désilage est primordiale. Mais dans le cas de l’ensilage d’une culture associée, en raison de la composante variable de l’andain ensilé dans le champ et de l’influence de l’emplacement dans le bunker sur la fermentation, il faut tenter de désiler le bunker en colonnes ou d’ôter tout le front d’attaque à chaque prélèvement. Le plastique doit être coupé en prévision d’un ou deux jours de prélèvement uniquement. Dans la mesure du possible, une fraiseuse ou une désileuse doit servir à maintenir l’intégrité du front d’attaque du bunker.

 

MSHauteur de coupeDensité kg MS m³ Inoculant
<30 **3 à 4cm200Challenge specific homolactic inoculant
30 – 352.5 à 3cm220Challenge specific containing heterolactic and homolactic bacteria
35 +2.5cm240Challenge specific containing heterolactic and homolactic bacteria

** Un ensilage inférieur à 30% de MS est déconseillé. Les compacteurs à roues de train ne doivent pas être utilisés.

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